Un parti politique lié à des groupes haineux mène le mouvement anti-masque au Québec

Même sans représentation à l’Assemblée Nationale, un petit parti obscur nommé Citoyens au Pouvoir a réussi à se hisser à la tête du mouvement anti-masque québécois, en ralliant à la fois les complotistes et les groupes haineux.

Sébastien Roback

Canadian Anti-Hate Network



Le mois dernier, un convoi de manifestants anti-masques est descendu à Québec pour une démonstration sur les marches de l’Assemblée nationale. Un jour plus tôt, Stéphane Blais, l’une des figures importantes du mouvement, avait prédit que ce rassemblement serait sans doute ‘le plus gros de l’histoire de la province’.

Somme toute, seulement une ou deux centaines de personnes étaient au rendez-vous.

Blais est le chef de Citoyens au Pouvoir du Québec (CAP), un petit parti politique provincial. Ces derniers mois, par contre, il a surtout fait les manchettes pour sa poursuite contre le gouvernement Legault afin de renverser les mesures sanitaires liées à la COVID-19.

Bien que sa poursuite ait été, jusqu’à présent, un échec retentissant, il a tout de même réussi à utiliser son quart d’heure de célébrité afin de répandre ses idées complotistes.

Peu de Québécois sont au fait de l’existence de Citoyens au Pouvoir, mais les actions de son chef l’ont placé à l'avant-plan du mouvement anti-masque québécois, et le parti tisse depuis longtemps des liens avec les groupes complotistes et haineux.

Fondé en 2011 sous le nom Coalition pour la Constituante, CAP était à ses débuts un parti qui visait à représenter les électeurs indépendants du Québec. L’arrivée de Bernard ‘Rambo’ Gauthier comme chef du parti en 2016 vient par contre changer la donne. Gauthier, qui est reconnu pour son fameux témoignage à la Commission Charbonneau en 2014, entretiens déjà à l’époque des liens avec le groupe Islamophobe La Meute, qu’il rejoint éventuellement à titre de membre. Ce nouveau partenariat permet à Citoyens au Pouvoir de se rapprocher des autres factions de l’extrême-droite québécoise.

En 2017, Citoyens au Pouvoir envoie une délégation de membres à un événement organisé par le groupe ultra-nationaliste Mouvement Républicain du Québec, dans la petite-ville de Saint-Lazare. Stéphane Blais, qui à ce moment n’était toujours qu’un membre haut placé du parti, donne une allocation et partage notamment le podium avec le complotiste de droite André Pitre et Alexandre Cormier-Denis, un activiste souverainiste aligné avec le parti d’extrême-droite français Rassemblement National.

Des membres en règles de La Meute, notamment leur chef à l’époque Sylvain Brouillette, étaient présents lors de l’événement.

Stéphane Blais lors d’un événement organisé par le Mouvement Républicain du Québec en Juin 2017. Source: Mouvement Républicain du Québec.

En prévision des élections provinciales de 2018, les membres de Citoyens au Pouvoir élisent Blais comme chef du parti, et recrutent leur plus grand nombre de candidats de leur histoire. CAP est l’objet d’une certaine controverse lorsque l’un de ses candidats, Michel Fournier, propose d’organiser un référendum afin de fermer les mosquées du Québec. Fournier abandonne éventuellement sa campagne, mais le parti ne condamne jamais ses propos.. Dans un communiqué, un représentant de Citoyens au Pouvoir rapporte plutôt que ‘pour le moment il apparaît que M. Fournier a choisi de se désister d'une implication potentielle avec Citoyens au Pouvoir du Québec.’

Au jour du scrutin, Citoyens au Pouvoir ne reçoit que le support de 0.34% des électeurs. Malgré leur défaite cuisante, plusieurs des candidats du parti en 2018 ont depuis utilisé leurs liens avec les groupes haineux et les complotistes afin de bâtir leur propre plateforme.


Source: Twitter/Periscope

Alexis Cossette-Trudel, candidat dans le comté de Gouin, est aujourd’hui l’un des complotistes les plus connus au Québec. En tant qu’hôte de Radio-Québec, une chaîne en ligne populaire avec laquelle il partage les théories conspirationnistes de Qanon, Cossette-Trudel joue un rôle clé dans la diffusion de la désinformation anti-masque et anti-vaccin. Ses supporteurs se retrouvent partout dans la francophonie, et sa tribune est bien connue en France.

Cossette-Trudel est un grand admirateur du Président américain Donald Trump, qu’il considère être le seul espoir dans la guerre contre ‘la dictature techno-sanitaire des mondialistes’. Il refuse toujours d’admettre que celui-ci à été défait lors des dernières élections présidentielles.

En Octobre, ses pages Facebook et Youtube, où plus de 200,000 personnes le suivaient, ont été supprimées, dans un effort des grandes plateformes de médias sociaux afin de limiter la croissance du mouvement Qanon. Il demeure toujours actif sur Twitter.

Outre son engagement avec Citoyens au Pouvoir, Cossette-Trudel maintient aussi des liens avec le Parti populaire de Maxime Bernier. En automne, il est apparu comme invité lors d’un épisode du ‘show de Maxime’ publié sur Youtube.


Source: Facebook

Candidat du Bloc Québécois en 2015, Daniel Saint-Hilaire s’est aussi présenté sous la bannière de Citoyens au Pouvoir en 2018.

Cet ex-entraîneur Olympique en athlétisme est de plus en plus actif dans les cercles haineux. En juin 2017, il donne un discours lors du même événement du Mouvement Républicain du Québec auquel Stéphane Blais a lui aussi été invité. Selon un article publié par Xavier Camus, un activiste antifasciste québécois, St-Hilaire est un adhérent à la théorie du Grand Remplacement, selon laquelle les populations blanches des pays occidentaux se font remplacer de façon délibérée par l’immigration massive.

Dans une publication Facebook datée du 17 août 2017, St-Hilaire déplore aussi la description de La Meute comme un groupe d’extrême-droite par les médias, décrivant même cette appellation comme du ‘racisme systémique contre le peuple québécois’. Son support pour La Meute, cependant, se traduit aussi hors-ligne, puisqu’il a aussi participé à un bon nombre de démonstrations anti-migrants organisées par ce groupe en collaboration avec la Storm Alliance.

Depuis le début de la pandémie de la COVID-19, St-Hilaire utilise sa plateforme sur les médias sociaux afin de publiciser les propos de complotistes comme Alexis Cossette-Trudel, et a participé à plusieurs ralliement anti-masque, parfois en tant qu’orateur invité.

Source: Youtube

Daniel Pilon, qui se décrit comme ‘libre-penseur’ sur les médias sociaux, était candidat de Citoyens au Pouvoir en 2018 dans le comté de Vaudreuil. Avant le début de la pandémie, il offrait des conseils financiers à ses quelques 24,000 supporteurs sur Youtube. Aujourd’hui, il utilise sa chaîne pour partager des théories du complot.

Pilon invite souvent des invités controversés sur sa tribune, comme le complotiste Ken Pereira. Il a aussi été invité d’honneur lors d’un épisode du Stu-Dio, l’émission en ligne d’André Pitre qui sert de portail pour les complotistes et les individus haineux au Québec.

Dans une vidéo publiée sur Facebook le 19 novembre, Pilon défend la thèse que la COVID-19 à été créé dans un laboratoire français, et que le port du masque mène à la ‘disparition du mâle alpha’. 

Ces trois ex-candidats de Citoyens au Pouvoir continuent de collaborer en tant que chefs de file du mouvement anti-masque de la Belle Province. En mai, lorsque Stéphane Blais a intenté sa poursuite contre le gouvernement du Québec, ces trois hommes étaient parmi ses supporteurs les plus vocaux.

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